Commentaire de la Logique, Chapitre 1
Le commencement performatif
Le problème : par quoi commencer ? Tout commencement qui a un contenu — « Moi », « Dieu », « Matière » — présuppose déjà des définitions et se trouve ainsi médiatisé. Un commencement véritablement absolu doit être sans présupposition. Performativement, cela signifie : forcez-vous à ne penser rien de déterminé. Que reste-t-il quand vous laissez tout de côté ? Seulement la pensée vide que « c’est ». C’est l’être pur.
Mais que pensez-vous là, au juste ? Ce n’est ni une intuition, ni un contenu, ni une couleur, ni une forme. Au moment même où vous voulez fixer l’« être pur », vous constatez performativement que votre esprit est vide. L’être pur, dans son indétermination absolue, est de fait néant. Un simple mot, qui se dérobe.
Essayez maintenant l’inverse : pensez le pur néant. Mais celui qui pense le néant en fait un objet de la pensée — un être. Vous constatez performativement que la tentative de maintenir l’être et le néant isolés l’un de l’autre échoue. Ils sont, dans notre pratique de pensée, indiscernables. Leur « vérité » n’est pas leur isolement, mais le fait qu’ils s’évanouissent sans cesse l’un dans l’autre.
Essayez maintenant la position sceptique inverse : « Il n’y a aucune vérité — toute tentative de fixer quelque chose échoue. » Mais examinez cette proposition à son propre égard : est-il vrai qu’il n’y a pas de vérité ? Si oui, il existe au moins une vérité — et la proposition se contredit elle-même. Si non, alors l’affirmation elle-même n’est pas vraie et n’a pas à être retenue. Le scepticisme est une contradiction performative : il revendique pour lui-même ce qu’il refuse à tout le reste. Le sceptique accomplit une recherche de la vérité en la niant.
Trois positions échouent ainsi simultanément : l’immédiateté (l’être pur est trop vide pour qu’on puisse le fixer), le scepticisme (contradiction performative — la proposition revendique pour elle-même la vérité), et la réponse fixée (elle devient aussitôt finie et se voit repoussée plus loin). Le sceptique est un devenir qui veut s’immobiliser lui-même, mais qui, par la structure même de son énoncé, remet le mouvement en marche.
Devenir — la première pensée concrète
La vérité n’est ni l’être ni le néant, mais leur mouvement : le devenir. La première pensée concrète de la logique — l’unité de la naissance et de la disparition. Mais le devenir est extrêmement instable, un feu qui se consume lui-même. Nous ne pouvons pas fixer le pur passage ; la pensée exige un résultat. Le devenir « s’effondre en lui-même ».
Ce qui est décisif ici, c’est la formulation : « est passé » — une structure logique, non un processus temporel. Le devenir n’est pas un déroulement dans le temps, mais la structure qui est inhérente à la pensée de l’être et du néant.
L’être-là, le Quelque chose et l’Autre
Le résultat du devenir effondré sur lui-même est l’être-là (Dasein) — « l’être qui est devenu ». L’agitation s’est apaisée, nous disposons d’une première stabilité. L’être-là est un être doté d’une déterminité (qualité). Cette déterminité est « intégrée » : l’être-là a assimilé en lui le non-être.
L’être-là se concrétise comme quelque chose. Mais un quelque chose n’est définissable que par ce qu’il n’est pas — l’autre. L’autre n’est pas seulement extérieur (un second objet), il est constitutif du quelque chose. Sans l’autre, le quelque chose retomberait dans l’être indéterminé. Remarquez le mouvement performatif à l’œuvre : vous essayez de saisir le quelque chose, mais vous êtes aussitôt renvoyé à sa limite, et par là même à l’autre. Le quelque chose et l’autre sont entièrement symétriques et relationnels — la détermination est une constitution réciproque, non une position unilatérale.
An-sich-Sein und Sein-für-Anderes — La double nature de tout Quelque chose
À quoi cela me sert-il ? Ce qui se développe ici sur le plan logique revient comme expérience dans la recherche de la vérité : la détermination d’une chose se montre à ce qui lui résiste — [[wahrheit:11]] (facultatif) développe cela comme résolution du conflit entre cohérence et correspondance, [[wahrheit:11a]] (facultatif) montre à quel point la résistance se manifeste de façons différentes.
Chaque personne, chaque chose a deux faces : ce qu’elle est « en soi » (sa nature intérieure) et comment elle apparaît « pour autre chose » (son effet, sa réputation, son image). Vous connaissez cela : « Je ne suis pas du tout ainsi », dit celui qui est perçu autrement qu’il ne se sent lui-même. Mais nous n’accédons à l’« en-soi » que par l’« être-pour-autre-chose ». Je n’apprends qui je suis qu’à travers mes relations, mes effets, mes échecs. Si l’être-en-soi est entièrement médiatisé par l’être-pour-autre-chose — est-il alors encore « en soi » ? Cette tension ne se résout pas, elle est productive : elle fait avancer la pensée.
Détermination, constitution et limite — La structure de la finitude
Pensez à vous-même : la détermination — ce que vous devriez être, vos possibilités, votre potentiel. La constitution — la manière dont vous êtes façonné par des circonstances extérieures : la famille, la société, le hasard. La limite — ce que vous n’êtes pas, ce que vous ne pouvez pas : vos bornes. La tension entre devoir-être et devoir-subir n’est pas un défaut, mais la structure même de l’existence humaine. Pour la recherche de la vérité, il en va de même : elle doit (au sens du devoir-être) trouver la vérité, mais elle doit (au sens de la nécessité) travailler avec des moyens finis. Qui nie cette finitude devient dogmatique. Qui s’y abandonne devient sceptique. Qui la travaille en profondeur devient sage.
Limite, finitude, mauvaise infinité et infinité véritable
La limite est le lieu d’une tension performative extrême : ici, le quelque chose est, et n’est déjà plus. La limite n’appartient pleinement ni au dedans ni au dehors — elle n’est pas seulement la fin du quelque chose, mais son principe.
Lorsque la limite est vécue comme un manque, apparaît le devoir-être [Sollen] : la détermination et la borne se dissocient. Le quelque chose veut dépasser sa limite, mais il reste de fait borné. Toute connaissance atteinte est finie et pousse plus avant.
Lorsque le quelque chose franchit sa borne, un nouveau quelque chose apparaît — lui aussi borné, lui aussi la franchissant, ad infinitum. C’est la mauvaise infinité : le progrès sans fin (n+1), une répétition lassante de la même contradiction, sans aucune solution. Vous en faites ici l’expérience performative sous la forme de l’ennui du « et ainsi de suite » — la fuite en avant d’une pensée qui n’arrive jamais.
La percée : considérez le mouvement du progrès dans son ensemble. Le quelque chose passe dans un autre. Mais cet autre est lui-même un quelque chose. Dans ce passage, il ne se produit donc plus rien de nouveau — le quelque chose parvient « à soi-même » dans l’autre. La ligne se courbe en cercle. L’infinité véritable est cet « être-chez-soi dans l’autre » — ce qui signifie concrètement : lorsque vous apprenez une langue étrangère, vous rencontrez l’étranger. Mais plus vous la maîtrisez, plus vous y reconnaissez vous-même — vos propres pensées sous un habit nouveau. Vous êtes « chez vous dans l’autre ». L’infini n’est pas « là-bas », au-delà du fini, mais le processus même du retour à soi. La liberté comme rapport à soi dans l’autre : ni arbitraire, ni fuite, mais richesse.
Être-pour-soi et passage à la quantité
Dans l’être-pour-soi — forme la plus haute de l’auto-relation qualitative —, le quelque chose ne se rapporte plus qu’à lui-même, comme Un pur. Mais l’Un est exclusif : il repousse tout ce qui est autre (répulsion) et pose ainsi une multitude d’autres Uns. Comme tous les Uns sont qualitativement identiques, ils sont indiscernables — ce qui reste, c’est seulement la multiplicité, le « combien ». La qualité se supprime elle-même et conduit à la quantité.
Faites-en l’expérience : pensez un « Un » — un pur soi qui se démarque de tout ce qui est autre. Essayez maintenant d’en distinguer un second « Un ». Quelle est la différence ? Les deux sont pure auto-relation. Vous ne pouvez pas distinguer qualitativement l’un de l’autre. Le passage n’est pas une affirmation, mais un échec dans la tentative même de distinction.